Permaculture ; dispositif et méthode.

Le terme permaculture -contraction des mots permanent et culture- a été créé par le biologiste, biogéographe et professeur de psychologie environnementale Bill Mollison et David Holmgren (son alors étudiant en design environnemental) en 1974, en Australie dans un contexte culturel et historique marqué par le rapport Meadows -et ses prévisions qui se réalisent dans notre présent.

Elle est devenue une notion renvoyant à 3 éthiques, à 12 principes, à des méthodes et à des pratiques partagées dont l’esthétique se personnifie de manière polymorphe dans ses 7 domaines d’application. (Holmgren, 2002).

En créant des interactions d’interdépendances positives entre divers domaines, les pratiquant.e.s évoluent dans la transdisciplinarité.

J’envisage la pratique de la pratique de la permaculture comme un dispositif ; un ensemble de techniques de production couvrant sept domaines : Soins à la Nature et à la Terre ; Habitat ; Outils & Technologie ; Enseignement & Culture ; Santé & Bien-être ; Finance & Économie et Foncier & Gouvernance, couplés avec des « techniques de soi » dans lesquelles le sujet «se conduit soi-même et les autres ».

techniques de soi, -Michel -foucault

Dispositif ?

La notion de dispositif, est utilisée ici en faisant allusion au corps théorique et aux travaux de Michel Foucault concernant le sujet, la folie, le droit, la prison et la gouvernementalité (1973 à 1984). Selon lui, notre conduite et celle des autres devient une affaire d’Etat, de gouvernementalité.

Michel Foucault

Au long de ses recherches, ce philosophe critique a défini la notion de dispositif comme un ensemble de savoirs, des discours de vérité, des pratiques, des techniques, des « machines à faire faire ». Les dispositifs seraient des rouages, des mécanismes divers et variés :

« … par lesquels ce qui, dans l’espèce humaine, constitue ses traits biologiques fondamentaux va pouvoir entrer à l’intérieur d’une politique, d’une stratégie politique, d’une stratégie générale de pouvoir »

(Michel Foucault, 1978)

La pratique de la permaculture, peut être un puissant dispositif politique créateur de sens dans la mesure où elle œuvre à faire advenir une utopie de la politique, une « Utopie Réelle » (Wright, 2006).

Les pratiquant.e.s qui « font  de la permaculture » s’adonnent à une activité de gouvernement de soi impliquant un processus de subjectivation produisant son propre Sujet.

Si les contours de ce sujet peinent à se donner à voir comme une image nette, je suis la piste d’un « soi mésologique », qui réinvesti consciemment son milieu comme constitutif de son être et [est] capable de récrire avec lui un récit commun ». (Chakroum & Linder, 2018).

regard situé

La permaculture, enseignée dans un réseau international d’associations et académies, est devenue un mouvement transnational.

Le mouvement est définit tantôt comme mouvement culturel, tantôt comme mouvement politique défiant le récit du développement durable dont les pratiquant.e.s « érigent leur mode de vie en démonstration politique » (Centemeri, 2017; Pruvost, 2017).

De par leurs actions citoyennes destinées à trouver une cohérence politique au quotidien, selon l’idée du « penser global, agir local » du « Lifestyle politics » (Moor 2016).

Dans ce champs social, les pratiques et valeurs communes sont en grande partie transmis par la formation -non-formelle- en design en permaculture certifiante (CDP).

Certain.e.s, entament un parcours en apprentissage actif, ponctué par le Diplôme de Permaculture Appliquée (DPA), comme c’est mon cas.

En 2017, j’ai été certifié.e designer en permaculture et en 2018, avec d’autres passionné.e.s, je suis devenue membre fondatrice de l’Académie Suisse de Permaculture, et depuis, je suis en apprentissage pour devenir designer en permaculture diplomé.e, avec un projet d’application autour de la création d’un jardin-forêt dans une microferme urbaine.

« Faire de la permaculture » pour moi c’est partir d’où l’on est, avec ce que l’on a et en faisant ce que l’on peut. Sans dogmatisme. Ni maître. En liberté !

En essayant, en nous trompant, en essayant encore une fois… voilà comme nous pouvons œuvrer à une utopie de l’agir pragmatique afin de bâtir le monde de demain aujourd’hui, ici et maintenant !

Vanessa Kohli
techniques de production

Le design en permaculture ; question de méthode ?

En 2018, j’ai entamé un Doctorat en Sociologie de l’éducation/Antropologie dont le sujet était la permaculture et les pratiques du politique. Ma curiosité s’est penchée sur la pratique du design en permaculture en tant que pratique du politique ; processus que je nomme « permacoding ».

Je reviendrai sur le design en permaculture dans un article à part, tellement c’est dense !

Néanmoins, pour finir et selon moi, c’est dans le processus de design que la permaculture déploie toute sa pertinence de conception transdisciplinaire de systèmes complexes -en constante interaction et mutation.

Si d’autres méthodes systémiques existent et se sont développée depuis que l’anthropologue Gregory Bateson s’est penché sur les paradoxes de la communication humaine, la force de l’ensemble de techniques de production et des méthodes holistiques employés par la permaculture, vient de son invitation à trouver des solutions systémiques vis-à-vis des humains et non-humains sans perdre de vue le but à atteindre ; marcher en direction de la résilience et de la « descente énergétique » (Holmgren, 2002).

©Vanessa Kohli


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